Rapport 2025 de l’Observatoire des expulsions de lieux de vie informels : retour sur 7 ans de politique d’expulsion systématique
L’Observatoire des expulsions de lieux de vie informels, dont le CNDH Romeurope fait partie, publie son 7ème rapport annuel. En 2025, l’Observatoire des expulsions de lieux de vie informels a recensé 1 240 expulsions sur le territoire national : 632 sur le littoral nord et 608 sur les autres départements. Derrière ces chiffres, ce sont 77 099 personnes qui ont été concernées par ces expulsions, une réalité inquiétante et probablement sous-estimée.
Grâce à la collecte de données effectuée depuis 2019, ce 7ème rapport de l’Observatoire dresse aujourd’hui un constat alarmant des pratiques publiques relatives aux expulsions de lieux de vie informels. La situation, déjà délétère, continue de se dégrader, en dépit de quelques évolutions positives qui s’esquissent mais restent marginales et fragiles. Les données révélées par l’Observatoire sont édifiantes :
- La part d’expulsions sans fondement légal n’a jamais été aussi élevée et a presque triplé en sept ans, passant de 19 % en 2019 à 53 % en 2025 ;
- 93 % des expulsions ne sont précédées d’aucun diagnostic social ;
- Dans 88 % des cas, les biens des habitantes et habitants sont saisis et/ou détruits ;
- Les remises à la rue restent écrasantes après une expulsion : dans 92 % des expulsions, une partie ou l’ensemble des personnes ne se voient proposer aucune solution d’hébergement ou de logement ;
- Un tiers des expulsions a eu lieu pendant la période de trêve hivernale.

Pour aller au-delà des données chiffrées, le rapport de l’Observatoire des lieux de vie informels met en avant des témoignages et des exemples précis pour donner à voir les réalités des expulsions et leurs conséquences désastreuses sur les personnes : violations de droits, violences, détérioration des conditions de vie, dégradation de l’état de santé, rupture de scolarité.
« Mon père ne voulait plus manger parce qu’il était triste car il ne savait pas où on allait. Il ne voulait parler à personne. Il n’a pas mangé pendant une semaine. »
Témoignage d’Amalia, expulsée du bidonville de la Flambère à Toulouse avec sa famille, en juillet 2025
Le travail de l’Observatoire permet, cette année encore, de documenter l’existence d’une politique d’expulsion systématique qui met à mal les parcours de vie des personnes et accentue leur précarité. Face aux expulsions à répétition, les personnes sont condamnées à l’errance forcée, comme le vit la famille M. chassée de lieu de vie en lieu de vie depuis 17 ans dans la métropole lilloise (parcours retracé page 40 du rapport).
Enfin, ce rapport met également l’accent sur des bonnes pratiques et alternatives qui existent sur le territoire national ainsi que sur les leviers actionnables par les pouvoirs publics afin d’œuvrer en faveur des droits et de la dignité des habitants de lieux de vie informels, comme l’ouverture de lieux d’hébergement provisoires ou la mobilisation du foncier vacant.
Face aux constats préoccupants qui se répètent, l’Observatoire demande l’évaluation des politiques publiques relatives aux lieux de vie informels mises en œuvre sur les différents territoires ainsi que des pratiques d’expulsion. Cela permettrait alors la mise en place d’une stratégie nationale et interministérielle, contraignante et globale, en faveur de la résorption des lieux de vie informels, sans distinction entre les personnes concernées par cette forme de mal-logement.
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